Adolescente, je suis tombée dans ces sombres maladies que sont l’anorexie et l’hyperphagie. Dans cet article « témoignage », je vais vous raconter mon parcours: la descente aux enfers ainsi que les solutions que j’ai trouvées pour m’en sortir et devenir enfin une jeune femme heureuse, épanouie et bien dans sa peau.

A la puberté, il n’est pas simple pour une jeune fille d’accepter la transformation de son corps. Il n’est pas simple non plus d’être dans une société où les gens sont conditionnés par la beauté, la perfection et la minceur. Se comparer aux mannequins et aux stars en ouvrant les magazines n’est jamais une bonne chose. C’est prendre pour modèles des personnes « photoshopées » et de ce fait, irréelles. Certes, il existe plusieurs éléments déclencheurs à l’anorexie mentale, l’hyperphagie et à la boulimie, mais je m’attarderai dans cet article principalement sur la notion du « paraître », de la difficulté à s’accepter et à s’aimer.

J’ai donc décidé de vous faire part de cette partie de ma vie car aujourd’hui, même si j’en suis guérie, quelques éléments m’y font de nouveau penser. Et sachant que l’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie conduisent à un mal-être profond (ou en sont les symptômes) et à un isolement, j’avais envie de vous confier certaines choses, pour vous mettre en garde et peut-être vous aider.

Certes, je ne fais pas partie de ces anorexiques qui finissent à l’hôpital, pour cause de dénutrition, sous-poids ou encore de problèmes cardiaques. Dieu merci, je n’ai pas été jusqu’à ce stade critique. Un élément déclencheur m’a fait prendre conscience du sens précieux de la vie et a su me préserver. Mais quand bien même, le mal a été fait. Même si la guérison fut rapide, j’en ai gardé quelques séquelles.

A travers cet article, mon but n’est donc pas de vous apporter des solutions toutes faites mais de vous confier ce qui m’a aidé, pour peut-être vous aider à mon tour. Et oui, ces troubles alimentaires sont une vraie gangrène qu’il faut traiter à temps et à tout prix pour survivre.

  • Le jour où tout a basculé

J’ai été anorexique et hyperphagique par périodes: de mes 13 ans à mes 18 ans. Comme beaucoup de jeunes filles de mon âge, à 13 ans, j’étais une adolescente mal dans sa peau. Très effacée, j’admirais les stars qui étaient toutes très minces, qui semblaient baigner dans le bonheur absolu et j’ai voulu leur ressembler.

Il faut savoir aussi que petite, j’étais très très très maigre. Je ne grossissais pas et faisais beaucoup de sport. Ce qui a nettement changé à la puberté… Vers 13 ans, je n’ai pas spécialement grossi mais mon corps a commencé à changer pour passer de celui d’une petite fille à celui d’une jeune adulte. Et à vrai dire, je l’ai mal vécu. J’ai eu du mal à accepter ces formes naissantes de femme. Je souhaitais donc les perdre à tout prix pour retrouver ma silhouette filiforme d’antant et sentir à nouveau les os sous ma peau.

C’est donc à 13 ans que la descente aux enfers à commencé. J’ai commencé à suivre de multiples régimes et à me sous-alimenter. Je mesure 1m63 et à l’époque, je voulais peser entre 43 kg alors que j’en faisais probablement 54kg. Je voulais à tout prix avoir « 20 kg de moins que ma taille » et avoir un IMC (Indice de Masse Corporelle) en dessous de la normalité.

Alors, je ne mangeais pratiquement plus rien. Juste quelques yaourts légers à longueur de journée, quelques poignées de Kellogg’s dans beaucoup de lait, ainsi que des pommes et de la salade. J’avais faim, très faim. Mon estomac me faisait mal. Il « tirait » et j’avais tout le temps froid. Je faisais des malaises. Ceci a duré jusqu’à mes 18 ans.

A l’époque, les reportages télévisuels et papiers sur l’anorexie et la boulimie étaient légions. Je me retrouvais dans les portraits de ces filles anorexiques qui aimaient sentir leurs os sous leurs doigts, voir les chiffres diminuer sur la balance et voir l’écart entre le haut des cuisses s’agrandir (Thigh gap).

J’enchainais des régimes que je m’imposais. Je me suis même créée un régime personnalisé Weight Watchers. Je comptais les points de chaque aliment et dès que je dépassais la journée d’un point, je culpabilisais et me sentais sale. Immonde.

En plus, pas de chance. Mon corps n’a jamais voulu descendre sous la barre des 48 kg. Il refusait catégoriquement cela. Il stockait le peu que je mangeais! Je le (me) haïssais encore plus.

Durant 5 années, j’ai donc alterné cinq ou six périodes de crises d’anorexie et d’hyperphagie, en faisant beaucoup de sport et en subissant les critiques de ma marraine: « Elle n’a pas un peu grossi, la p’tite?! ». Alors que je maigrissais à vue d’oeil… Cherchez l’erreur!

Plus je commençais des régimes et plus je les arrêtais, plus les crises d’hyperphagie étaient fortes. J’angoissais quand je devais étudier pour les examens à l’école. Je ne supportais pas de rester enfermée seule dans ma chambre face à mes notes. Je me sentais incapable de réussir. Alors je mangeais. Je me sentais seule? Je mangeais. Je me ne trouvais pas jolie? Je mangeais. Je m’ennuyais? Je mangeais. Je me trouvais nulle? Je mangeais.

C’est à 18 ans que j’ai décidé de me reprendre en main. Lorsque je me suis retrouvée à genoux, la tête dans la cuvette des WC après avoir avalé 1 boîte entière de Melo-Cakes, 2 grandes tasses de Tiramisu, des chips, un pain-frites, des tablettes de chocolat Cote d’Or, des petits gâteaux, des Tuc,…  et tout ça, en même pas 1 heure!

Comment en suis-je arrivée là? Tout simplement car je m’octroyais un petit « écart » tous les dimanches. Et cette fois-là, ce petit « écart » est vite devenu incontrolable. Mon corps me poussait à manger sans cesse, pour récupérer tout ce dont il avait été privé.

J’étais incapable de m’arrêter… le seul élément qui m’a fait stopper, c’est mon estomac. J’ai cru qu’il allait littéralement exploser, après des mois de privation draconienne. La seule solution alors, c’était de vomir… mais ça, c’est une chose dont je suis bien incapable de faire. Je suis donc restée des heures durant dans un état de mal-être, en pleurant sans cesse. Je regrettais ce que j’étais devenue et je priais pour que tout redevienne comme avant. Je n’étais pas heureuse et je sombrais.

  • Le jour où le déclic est arrivé

C’est là que ma petite maman est entrée en scène. Elle, qui ne comprenait pas ce qui m’arrivait depuis des années (tout comme ma famille), a lu la détresse dans mes yeux et m’a épaulée comme jamais. On a été voir ensemble une nutritionniste pour un rééquilibrage alimentaire et pour essayer de manger de nouveau comme avant. Et j’y suis arrivée. La guérison a été assez rapide, surtout à partir du moment où j’ai décidé d’accepter mon corps tel qu’il est et tel qu’il devait être.

Mais, c’est également à ce moment-là que j’ai rencontré le grand amour. Celui qui m’a redonné confiance en moi et m’a aidée à m’accepter telle que j’étais. Quoi de mieux pour se sentir bien dans sa peau que de se sentir belle aux yeux de l’homme que l’on aime

A 18 ans, je vivais donc une super histoire d’amour qui me nourrissait, m’apaisait, comblait un vide en moi et me rendait heureuse. Quoi de mieux?

Mais ce n’est pas tout. Je me suis également découverte des talents dans plusieurs domaines: le dessin, la peinture, la musique et l’écriture. Je créais beaucoup, je donnais des concerts et je me sentais enfin reconnue pour quelque chose et pour qui j’étais. Je me sentais exister. Je rencontrais plein de personnes d’horizons différents, qui m’appréciaient et m’enrichissaient. C’est ça qui m’a aussi fait avancer.

Certes, même si la guérison a été rapide, j’en ai gardé quelques séquelles. Car, même si j’arrivais de nouveau à manger correctement, je n’en éprouvais plus aucun plaisir. Et quoi de pire que de manger avec déplaisir et contrainte…

Cet état a duré 5 ans. De mes 18 ans à mes 23 ans, je mangeais donc juste pour me nourrir, pour donner du carburant à mon corps. Ceci était du aux séquelles provoquées par toutes ces périodes d’anorexie et d’hyperphagie. Mais on m’a également découvert une intolérance au lactose… Moi qui adorais manger du sucré, adieu les glaces, les petits gâteaux, le chocolat,… Bien que des médicaments et du lait sans lactose existent, cela diminue tout de même la spontanéité de s’offrir une petite douceur.

Et c’est aussi pendant cette période que je suis devenue amie avec une artiste, grande amatrice de gastronomie, de bons petits plats et de fine cuisine. Petit à petit, elle m’a partagé sa passion pour la nourriture. Ca fait maintenant deux ans que je mange de nouveau avec plaisir… ou presque…  En effet, cette intolérance au lactose est plutôt un frein à mon quotidien et de plus, je dois également faire attention à ne pas manger trop de sucre, pour d’autres soucis de santé.

Bref, aujourd’hui, même si je me considère guérie de cette anorexie et hyperphagie, je suis malheureusement obligée de manger avec contraintes pour palier à ces problèmes de santé. Quel dommage! Dire que pendant 5 ans, je me suis ennuyée à m’imposer des contraintes alimentaires alors que je n’en avais pas besoin, et maintenant, j’ai de réelles contraintes médicales. Ce que la vie peut être ironique…

Parfois encore, je craque malgré tout sur des desserts et là, j’ai beaucoup de mal à ne pas me goinfrer… Quelque chose de fort me pousse à tout engloutir car mon corps en est souvent privé! De plus, une fois que je perds quelques kilos dûs au stress, j’ai tendance à refaire une fixette sur mon alimentation et mon poids pour ne pas les reprendre. Les mauvais réflexes ne sont jamais très loin. J’ai toujours peur de devenir grosse car je mange énormément. Et oui, maintenant, j’adore manger! Aujourd’hui, je peux le dire… Mais tout contrôler ne sert à rien. Plus jamais je ne retomberai dans ce travers et cette maladie vicieuse car je sais que le bonheur se trouve ailleurs!

  • Conseils

1. Posez-vous les bonnes questions

Pourquoi est-ce que je souhaite maigrir? Est-ce que ça en vaut la peine? N’ai-je pas une image biaisée de moi-même? Suis-je heureuse? Suis-je épanouie? Est-ce qu’un régime me donnera ce bonheur et cette confiance en moi qui me manquent tant?

Si vraiment vous vous sentez mal dans votre peau car vous vous sentez vraiment trop grosse (IMC au-dessus de la moyenne, obésité,…) et car suite à cela, vous avez des problèmes de santé, alors oui, foncez. Mais soyez encadrée par un médecin nutritionniste ou diététicien.

Si ce n’est pas le cas, alors, un peu d’introspection ne ferait pas de tord. Le but est de savoir pourquoi vous souhaitez maigrir à tout prix, pourquoi vous ne voulez plus vous nourrir et pourquoi au contraire, vous vous goinfrez de nourriture.

2. Régime = bonheur = confiance en soi?

Non, pas nécessairement. Le bonheur et la confiance en soi, ça se passe d’abord dans la tête. Pour vous aider, rendez-vous sur l’article nos « 20 conseils pour se sentir bien dans sa beau, bien dans sa tête ».  Ca pourra certainement vous aider!

Il n’y a rien de plus beau et d’attirant qu’une femme ronde qui rit, est dynamique, sociable et à l’aise avec son corps qu’une maigrichonne qui tire la tête, qui est effacée et renfermée. Mettez-vous bien ça dans la tête!

3. Ne prenez pas pour modèle « physique » n’importe qui

Ca ne sert à rien de vouloir ressembler à la filiforme Victoria Beckham si vous avez plutôt un physique à la Beth Ditto. Soyez cohérente! La différence de corpulence est trop flagrante et ça risquera de perturber sévèrement l’image que vous avez de vous-même.

4. La balance et le miroir tous les jours? NON!

Un corps ne se résume pas qu’à des chiffres. Arrêtez de vous peser tous les jours ou plusieurs fois par jour, ça ne sert à rien de faire une fixette sur des grammes. Cela vous déprimera plus qu’autre chose. Durant la journée, le corps change, ne stocke pas les mêmes choses, etc. La balance est une drogue, alors virez-là ou ne vous pesez plus qu’une seule fois par semaine!

Pour le miroir, c’est la même chose. Cessez de vous regarder sans cesse afin de voir si l’écart entre vos jambes s’agrandit et si vous perdez du ventre… Les formes, c’est joli!

5. STOP au culte de la « beauté photoshopée » !

A un moment, il faudra prendre conscience que toutes les stars de la télé et des magazines sont ultra photoshopées et maquillées. Vous vous demandez comment Britney Spears et Lady Gaga paraissent si minces dans leurs clips vidéos et dans les magazines alors qu’en réalité, ce sont des femmes qui ont des formes? La magie du cinéma et de Photoshop, bien entendu! La beauté, ce n’est pas ce qu’on nous bassine quotidiennement sur les panneaux publicitaires pour des marques de lingeries. Ca ne sert à rien de se comparer ou de vouloir ressembler à ces filles. Il faut d’abord s’accepter telle que l’on est et mettre en avant ses atouts.

6. Lors d’un régime, faites-vous encadrer par un professionnel

Si vous avez un IMC normal ou en-dessous de la moyenne, par pitié, ne faites pas régime! C’est le meilleur moyen de détruire votre mental et les automatismes de votre corps.

Et quel que soit votre poids, si vous voulez ou devez faire régime, faites-vous encadrer par un professionnel. C’est la meilleure des choses pour rééquilibrer votre alimentation en fonction de vos besoins. Ne foncez pas tête baissée sur le nouveau régime à la mode des stars. Vous ne savez pas si à terme, il sera bon pour vous. Ce serait bête de faire courir des risques inutiles à votre santé.

7. Ne tardez pas à consulter un thérapeute

Si vous sombrez dans l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie, ne tardez pas à consulter un thérapeute. Il décèlera la cause de ce malaise et vous aidera à traverser cette épreuve. Par contre, n’hésitez pas à tester plusieurs thérapeutes si vous n’avancez pas dans le processus de guérison de votre maladie. En effet, il se peut que le thérapeute que vous ayez choisi ainsi que ses méthodes ne vous correspondent pas. Après tout, les thérapeutes, c’est un peu comme les hommes. Il faut en tester plusieurs avant de tomber sur le bon!

8. Soyez bien entourée

La maladie isole. Et le plus important, c’est d’être bien entourée. Même si les gens ne vous comprennent pas, il est important qu’ils soient là pour vous, sans vous juger. Car, oui, on ne mange plus ou au contraire, on mange trop. On n’ose plus sortir au resto avec sa famille ou ses amis. On pense que personne ne nous comprend.

Bref, pensez-vous réellement que le bonheur et le bien-être se trouvent dans une contrainte alimentaire? Ca y contribue certainement, malheureusement. Mais bon sang, bougez vos fesses! Ce bien-être et ce bonheur-là sont factices. Vous ne maitrisez plus rien en plongeant dans cette maladie. C’est elle qui vous contrôle. Le bonheur est ailleurs et la vie est riche de rencontres et de belles choses.

Entourez-vous de personnes avec qui vous vous sentez bien, tirez d’elles leur bonne énergie, leur soutien et avancez avec elles! La guérison est proche. Il suffit de se remettre en question et de changer le fonctionnement de sa pensée. Courage! 

Pour clôturer cet article, voici un clip à la fois drôle et émouvant de Gérald Genty. Cet artiste a vite cerné les problèmes des femmes et des régimes, et en a écrit une très chouette chanson…

Plaire – Gérald Genty

Avez-vous souffert de troubles alimentaires?
En êtes-vous sortis indemnes?
Grâce à quelle(s) solution(s)?