Cette semaine, je me suis penchée sur le meilleur des « biesses sellers » belges de tous les temps, que vous connaissez très certainement et qui s’intitule « La Grosse Chronique » de Philippe Genion. Je vais donc vous parler de cet excellent ouvrage qui nous a fait rire aux éclats à plusieurs reprises.

Fèlèpp Genion? Vous avez dit Fèlèpp? 

Si le nom de Philippe (prononcé Fèlèpp) Genion vous dit quelque chose, ce n’est pas un hasard. Tout au long de votre petite vie, vous avez déjà du croiser son nom, son visage ou sa silhouette tout en rondeurs et voluptés quelque part. Philippe est entre autre l’auteur d’un premier roman très populaire intitulé « Comment parler le belge? ». L’homme a également été chroniqueur, comprendre « gros-niqueur », oui il insiste beaucoup sur ce terme, pour La Nouvelle Gazette de la région de Charleroi de 2010 à 2012. 
A 50 ans, l’auteur a déjà une vie bien remplie. C’est un homme hyperactif qui a déjà eu mille et une activités telles que animateur de tv et de radio, artiste et star du rock’n’roll carolorégien avec son groupe à;GRUMH, critique musicale et gastronomique, organisateur de concerts et de festivals, producteur, artificier, sommelier et vendeur de vins, etc. Mais ce n’est pas tout, car Philippe Genion a fait et fait aujourd’hui tellement de choses encore. En effet, depuis quelques années l’homme écrit aussi des livres. Et c’est ce sur quoi on va actuellement se pencher pour cette chronique. 
 

« La Grosse Chronique », qu’est-ce donc? 

On a eu la chance de découvrir les Éditions du Basson, une maison d’éditions belge basée à Charleroi qui nous a proposé de découvrir « La Grosse Chronique », le second livre de Philippe Genion. Cette maison d’éditions prône l’ouverture, l’impertinence, la diversité et la qualité, ce qui résume très bien l’ouvrage de l’auteur. 
 
« La Grosse Chronique » n’est pas un roman mais plutôt un recueil de chroniques que l’auteur a publiées tous les samedis dans la Nouvelle Gazette de Charleroi, entre le 3 septembre 2011 et le 2 juillet 2012. 
Chaque chronique est écrite spontanément en à peine quelques minutes et se base soit sur des faits de l’actualité s’étant déroulés la semaine précédente, soit sur des moments de vie de l’auteur. Philippe Genion rebondit alors sur des faits marquants, qui l’interpellent et qu’il remet ensuite à sa sauce. Il peut s’en moquer, donner son avis, amener à la réflexion et souligner des phénomènes et des problèmes de société, mais le tout avec toujours beaucoup d’humour, parfois noir, parfois salace et parfois tout simplement drôle, voire bon enfant. Enfin, chaque chronique est entrecoupée par une page comprenant certains statuts que l’auteur avait postés sur les réseaux sociaux, faisant souvent allusion à l’actualité et à des moments de sa vie, mais pouvant tout aussi bien être des jeux de mots ou des devinettes vraiment tordantes.
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« La Grosse Chronique » de Philippe Genion  © Les Editions du Basson
« La grosse chronique » comprend également plusieurs préfaces dont une d’Amélie Nothomb, qu’on ne présente plus, et une de Nicolas De Decker, le plus courageux des journalistes et des chefs d’édition adjoints de la Nouvelle Gazette. Nicolas est l’homme qui, à l’époque, a passé son temps à recadrer et redécouper les 8000 signes de Philippe pour ne plus en laisser que 4000. L’homme a aussi veillé à édulcorer certaines parties des textes de l’auteur afin de ne pas trop choquer le lectorat. Enfin, bonne nouvelle, le trublion du net, Freddy Tougaux, a également fait une préface pour monsieur Genion. Par contre, cette dernière sort totalement de l’ordinaire car c’est en réalité une vidéo visionnable sur Youtube. Belle initiative et belle rupture avec la tradition des préfaces classiques, que l’on peut retrouver dans des milliards de livres déjà édités. 

Si vous êtes carolorégiens ou fans de l’auteur, vous avez très certainement déjà lu ses chroniques, que ce soit dans la Nouvelle Gazette de votre région ou sur Facebook. Sachez toutefois que dans ce recueil, vous trouverez certaines chroniques déjà éditées mais étant cette fois dans leur entièreté. En effet, elles n’ont cette fois-ci subi aucune censure de la part du journal et n’ont pas été édulcorées pour les lecteurs de ce réseau social californien  très connu qu’est Facebook. Bref, une raison de plus de courir vous procurer cet ouvrage. Des passages croustillants sont à découvrir ou à redécouvrir!
 

Mon avis sur le livre: épique! 

Après avoir lu cet excellent livre et recueil de chroniques écrites avec l’éloquence de Monsieur Genion, il nous est difficile d’écrire à notre tour quelque chose qui en soit à la hauteur. Bref, lançons-nous!

Ce qui est remarquable, c’est que dès la lecture des premières pages de « La Grosse Chronique », on rit. On rit vraiment beaucoup, à condition d’apprécier l’humour de son auteur. Et c’est ça qui est génial. Dans un monde où l’on nous annonce des centaines de mauvaises nouvelles par jour et où l’on crie au scandale pour un oui ou pour un non, ça fait un bien fou de rire. Ça permet de diminuer la gravité de certains sujets et de prendre un peu de distance par rapport aux choses. Malheureusement, comme le dit si bien Pierre Desproges: « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde ». D’ailleurs, Philippe Genion ajoute: « Le monde est ainsi fait qu’on peut apparemment parler et rire de tout  mais ni avec tout le monde, ni n’importe où ». Les chroniques de l’auteur illustrent parfaitement ces deux phrases. Si vous les lisez, sachez toutefois faire preuve d’ouverture d’esprit et attendez-vous à être parfois choqués. En tout cas, une chose est sûre, c’est qu’après avoir lu « La Grosse Chronique », je crie au génie. 
 
Philippe Genion est en effet un génie de la plume, de l’humour et du premier, du second et même du centième degré. Au fil des pages, on se surprend à se laisser transporter par les péripéties vécues ou imaginées par l’auteur. Et une fois que l’on atteint les dernières pages du livre, on ressent comme un pincement au coeur à l’idée de quitter et de ne plus faire partie de la vie de ce chroniqueur si fantastique qu’est monsieur Genion. En effet, on a eu l’impression de vivre à ses côtés durant plus de 200 pages et de participer à toutes ses « aventures ». On a d’ailleurs eu mal pour lui lorsqu’il a chuté dans les escaliers. (On espère que vous serez plus prudent la prochaine fois Fèlèpp! Faites attention où vous mettez les pieds. Mais heureusement que vous avez de bons amortisseurs. Quelle chance! On vous envie beaucoup d’ailleurs…). Bref, quelle tristesse d’abandonner ainsi l’esprit vif d’un tel homme. Des adieux déchirants. On a alors qu’une hâte, c’est de recommencer la lecture de « La grosse chronique » depuis le début. 
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Quatrième de couverture, « La Grosse Chronique » de Philippe Genion  © Les Editions du Basson
Ce qu’on apprécie dans l’écriture de ses chroniques, c’est que Philippe Genion n’utilise  aucunement la langue de bois. Il pointe chaque semaine des éléments de l’actualité, même les plus délicats et scabreux. L’auteur ne mâche pas ses mots, va parfois un peu loin dans ses propos, ne prend pas de gants et aime titiller le lectorat. Ça tombe bien car nous, on aime ça. Beaucoup de vérités ressortent de ces chroniques. Mais comme on le sait, la vérité a une sévère tendance à déranger. On n’ose à peine imaginer le nombre de lecteurs de la Nouvelle Gazette indignés chaque semaine par tel ou tel propos de l’auteur. 
Philippe ose. Il aime s’aventurer là où peu de personnes oseraient se rendre par peur du  « qu’en dira-t-on? » et pour continuer à se conformer aux règles de bienséances d’une société endormie. L’auteur, lui, ne s’en soucie guère. Chaque semaine, Philippe a en quelque sorte lancé un énorme pavé dans la mare de l’ignorance, du déni et du comportement grégaire. On tire notre chapeau! 
 

Au niveau des sujets abordés par Philippe Genion, ceux-ci sont nombreux et diversifiés. L’auteur rebondit sur des faits de l’actualité et nous parle par exemple des travaux à Charleroi, des personnalités politiques, des élections, du temps qu’a mis le gouvernement belge à se reformer, des bourgmestres Eric Massin et Paul Magnette, des congélateurs, de l’interdiction des défilés d’oies au carnaval, de la fête des pères, des vieux groupes de musique carolos, des quartiers remplis de barakis, de l’interdiction de klaxonner dans la ville de Charleroi lors des matchs de football de l’Euro 2012, de la bonne chère et de la bonne chair, du bon vin et de Christian Meysman qui est son cher et tendre Mouni

Une chose qu’on a trouvée très drôle, c’est que lorsque Philippe Genion écrit, il laisse souvent l’accent carolo et belge transparaître. On a parfois l’impression de ne pas lire du français mais bien du belge. Exquis. 

Au travers des pages de ce livre, on reconnaît donc bien le « belge type » dans toute sa splendeur. Un belge avec beaucoup d’humour, qui aime les bonnes choses de la vie, un belge critique, taquin, un brin moqueur, plein de bonhomie et qui surtout, ne se prend pas le moins du monde au sérieux. Philippe est un bon vivant, sympathique et on aime ça. Ici, on se trouve loin du belge sans saveur et dépourvu de cerveau que nous montre régulièrement la téléréalité. Merci Secret Story.

Bref, dans « La Grosse Chronique », Philippe Genion nous démontre toute l’entendue de son talent, il nous dévoile une superbe plume, une brillante intelligence, un humour décapant passant de la perversité à l’humour noir, des jeux de mots à n’en plus finir, des réflexions parfois complètement inattendues sur des faits de société et des avis que l’on partage bien souvent, sans oser l’avouer. Monsieur Genion nous fait rire aux éclats et on l’en remercie pour tout ça ainsi que pour son franc-parler. On se réjouit d’ailleurs d’avance de le retrouver dans son troisième livre, « Humeurs belges », qui sera publié début juin aux Editions  du Basson. Bref, si cette chronique vous a donné l’envie de découvrir les écrits de Philippe Genion, courrez vous procurer les livres de l’auteur, et n’hésitez pas à écrire et partager vos avis en bas de cet article. On vous souhaite une bonne découverte ainsi qu’une bonne lecture.

 

Références: GENION Philippe, La Grosse Chronique, Ed. du Basson, 2012, p. 271. 
 

Vidéo de Freddy Tougaux dans laquelle il reçoit une lettre de Philippe Genion
qui lui demande de faire une préface pour son livre.